Ma femme Shirley est chargée de clientèle chez GMF. Elle m'a demandé un coup de main il y a une semaine. Voici ce que nous avons construit ensemble, et ce que ça m'a appris sur Claude Code.
Shirley sort son Mac un soir, me montre son fichier Word. Une quarantaine de pages. Des scripts d'accroche, des personas par tranche d'âge, des pitchs par produit, des tarifs 2026, des objections courantes avec leurs réponses, des règles statutaires par corps de métier. Elle a construit ce document toute seule, module par module, au fil des semaines.
Le problème : ce fichier, elle ne l'utilise jamais en rendez-vous. Trop long, trop dense, impossible de retrouver le bon passage quand le prospect pose une question précise. Résultat — elle a tout dans la tête, elle improvise chaque entretien, et elle sait qu'elle pourrait vendre mieux si elle avait un outil qui la guide.
Son métier chez GMF : rencontrer des prospects et des clients (des fonctionnaires, des militaires, des hospitaliers, des indépendants) et leur proposer les bons contrats d'assurance selon leur profil. L'assurance, c'est un métier où le détail compte. Un propriétaire avec un crédit immobilier qui n'a pas de capital décès, c'est une faille. Une jeune famille sans garantie accident, c'est une faille. Shirley connaît toutes ces failles. Son Word les mentionne. Mais en entretien, impossible de tout enchaîner.
Elle me dit : « Tu peux m'aider ? »
Je lui dis : « Laisse-moi regarder ce soir. »
Je passe une première heure à lire son fichier pour comprendre la logique métier.
En réalité, ce n'est pas un fichier. C'est une vingtaine de documents Word qu'elle a accumulés : un module personas, un module produits, un module objections, un module script long, un module script court, des annexes par produit (Auto, Habitation, Santé, Garantie Accident de la Vie, Protection Juridique), des synthèses par ministère pour la prévoyance statutaire.
Son besoin réel n'était pas d'avoir un document plus propre. Son besoin, c'était un outil qui lui affiche le bon script adapté au bon prospect, au bon moment. Avec les bonnes objections à portée de main. Et les bons tarifs en vigueur.
C'était un problème d'interface, pas de contenu.
Voici à quoi ressemble l'outil aujourd'hui :
J'aurais pu lui répondre « utilise ChatGPT, colle ton profil prospect et demande-lui un script ». Mais Shirley voulait un outil à elle, utilisable hors-ligne, sans dépendre d'une connexion Internet dans un bureau où le wifi est capricieux. Et surtout, un outil qui garde toutes ses règles métier : les tarifs exacts, les âges limites d'éligibilité des produits, les subtilités de la prévoyance par corps de fonctionnaire.
Claude Code, c'était la bonne porte. Parce que Claude Code peut lire tous les Word d'un coup, comprendre la structure, et proposer une architecture d'application complète. C'est ce que je ne saurais pas faire seul.
Je précise : je ne suis pas développeur. Je n'ai jamais pris de cours de programmation. Je sais ce qu'est une variable parce que j'ai lu quelques articles. Mais je sais poser un problème clairement, et Claude Code fait le reste.
Voici le déroulé réel, sans enjoliver.
Je dépose les 28 documents Word de Shirley dans un dossier. Je lance Claude Code dans ce dossier, et je lui dis : « Lis tout. Fais-moi un résumé de ce que Shirley a construit. Propose-moi une architecture pour transformer tout cela en outil d'aide à la vente utilisable en rendez-vous. »
Claude Code met quatre minutes à lire tous les documents. Il me sort un plan en douze écrans. Je lui réponds : « Trop complexe pour un rendez-vous. Fais tout tenir sur une seule page qui s'adapte selon le profil saisi. »
Il reformule. Je valide. Nous commençons à construire.
Je lui demande d'extraire toutes les données factuelles des Word : les onze produits GMF avec leur pitch, leur tarif de base, leurs options. Les dix profils métier avec leurs spécificités statutaires. Les quarante-cinq objections récurrentes.
Je tombe sur une vraie galère : GMF publie ses Conditions Générales en PDF, mais le site est protégé par un système anti-robot appelé DataDome. Impossible de récupérer les fichiers automatiquement. Je les télécharge à la main, un par un. Douze PDFs. Claude Code les lit et en extrait les âges limites de souscription, les clauses particulières, les exclusions importantes.
En fin de soirée, l'outil affiche le bon pitch pour le bon profil. L'interface est rustique, mais la logique fonctionne.
Les fonctionnalités que je veux ajouter, c'est Shirley qui me les dicte en me regardant construire. « Si le prospect est propriétaire avec un crédit et qu'il n'a pas de capital décès, mets-moi une alerte rouge. Si c'est un militaire sans garantie accident, pareil. Si le motif du rendez-vous est une naissance, fais remonter en priorité la garantie accident, la santé et le capital famille. »
Pour chaque règle qu'elle me donne, je la passe à Claude Code en français simple. Il l'implémente. Nous testons ensemble. Nous ajustons.
À minuit, l'outil détecte automatiquement six règles critiques et sept règles d'attention. Il filtre les produits selon l'âge du prospect (parce qu'un plan épargne retraite, c'est strictement 18-70 ans). Il génère un script d'accroche différent selon le motif du rendez-vous (douze motifs couverts). Il propose des réponses à quarante-cinq objections courantes. Il suggère une montée en gamme sur sept produits quand le prospect a déjà un contrat GMF.
Vendredi matin, Shirley part en rendez-vous avec son Mac. Elle ouvre l'outil, saisit le profil de son premier prospect — un fonctionnaire territorial de 52 ans, marié, deux enfants, propriétaire avec un crédit en cours. L'outil affiche instantanément :
Elle fait son rendez-vous. Le prospect signe un Capital Famille et une Protection Juridique.
Le soir, elle m'écrit.
« Chéri, ton outil, c'est bluffant. J'ai fait trois rendez-vous avec, je me sens dix fois plus préparée. Je comprends pourquoi tu restes sur Claude Code jusqu'à 2h du matin. »
C'est la première fois qu'elle me dit cette phrase. Depuis que je passe mes soirées à construire mes propres outils avec Claude Code, j'ai souvent eu l'impression qu'elle vivait ça comme une manie de geek. Et là, en trois soirées, elle venait de toucher du doigt pourquoi cet outil me passionne.
Claude Code, ce n'est pas un outil réservé aux développeurs. C'est un outil qui te permet de transformer un problème métier en solution concrète. Si tu sais décrire ton problème clairement, tu peux construire l'outil.
Si tu lis cet article et que tu te dis « je n'y arriverai jamais, je ne suis pas développeur », je comprends. Je pensais la même chose il y a deux ans.
Trois leçons que je retiens de cette semaine avec Shirley :
Shirley n'a pas voulu « apprendre l'IA ». Elle avait un fichier Word qui ne suivait pas en rendez-vous. Ton Word à toi, c'est peut-être un tableau Excel de suivi client, un dossier de fiches produits, un processus d'onboarding qui prend trois heures à chaque nouvel employé. Ce problème concret, c'est ta porte d'entrée.
Trois soirées devant Netflix. Ce n'est pas un sacrifice, c'est une bascule progressive. Tu fais 90 minutes par soir pendant une semaine, tu as un outil utilisable. C'est plus efficace que trois mois à regarder des tutos sans jamais construire.
Je ne sais pas coder. Mais je sais poser un problème. Claude Code sait traduire cela en code fonctionnel. La compétence rare dans ce duo, ce n'est pas de savoir taper du JavaScript — c'est de savoir formuler précisément ce que tu veux.
Quelques chiffres sur l'outil construit avec Shirley :
L'outil reste privé — les tarifs et les argumentaires commerciaux de GMF n'ont pas vocation à être publics. Mais la méthode, elle, je la partage volontiers.
Si tu as un document qui te sert au quotidien et que tu n'arrives pas à utiliser au moment où tu en aurais besoin — un guide de vente, un processus, un catalogue, une FAQ, un mode d'emploi — je suis curieux de savoir ce que c'est.
Réponds à cet email avec ton fichier. Je lis tout, je te partage mes idées. Je ne garantis rien, mais je trouve souvent des pistes.
Une info obsolète, un chiffre qui a bougé, une source périmée ? Écris-moi à sagnier.jeremy@gmail.com · je corrige en 48h max et je note la date de MAJ en haut de l'article. Les retours terrain valent mille fois les articles — je lis tout, je réponds.
Je partage ces études de cas dans ma veille du vendredi. Sans pub, désinscription en un clic.